[France] Provence, mon amour

Au détour d'enivrants champs de lavande et de terres flamboyantes, les villages provençaux se dévoilent sous leur plus beau jour !
Juin 2018
4 jours
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Il suffit de tendre l'oreille.... et c'est le chant des cigales qui nous souhaite la bienvenue en pays provençal, où la convivialité se conjugue avec une douceur de vie inégalable !

Ma vie étant principalement partagée entre les côtes varoises et les montagnes savoyardes (carnets à venir), la Provence s'est souvent imposée comme un détour privilégié sur la route qui relie ces deux régions. En famille, entre amis ou en amoureux, c'est toujours un plaisir de s'arrêter quelques jours au coeur de ce terroir préservé et ponctué de belles surprises, bref un endroit que j'affectionne particulièrement :)

Si la délimitation de la "Provence" peut être sujet à différentes interprétations, pour moi elle évoque avant tout deux massifs: les Alpilles au nord des Bouches-du-Rhône et le Lubéron au sud du Vaucluse. A mes yeux traverser ces terres c'est plonger au coeur du patrimoine provençal, c'est se heurter à un tourbillon de couleurs et de saveurs, c'est se laisser tout simplement porter par ce parfum de légèreté...

Si cette région ensoleillée mérite de se découvrir à toutes les saisons de l'année, quoi de mieux que de découvrir la Provence des cartes postales, parée de son or bleu... La période de floraison de la lavande s'étend généralement de mi-juin à fin août et varie en fonction de l'altitude (lors de notre passage début juin les champs n'étaient encore pas tous en fleurs), il ne faut donc pas hésiter à téléphoner aux offices de tourisme pour avoir les infos en temps réel.

Notre dernière traversée de la Provence, des Baux-de-Provence jusqu'à Saignon :

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C'est au coeur du parc naturel régional des Alpilles que le village des Baux-de-Provence dévoile son passé médiéval prestigieux dans un cadre extraordinaire !

En plus d'offrir des panoramas grandioses, le village des Baux-de-Provence possède surtout un riche patrimoine culturel. Perché sur son éperon rocheux et naturellement retranché, il permet en effet d'observer les environs et de s'en protéger, ce qui explique que le site soit occupé depuis la préhistoire !

Les Mas d'Aigret : c'est la deuxième fois que nous logeons dans cet authentique mas provençal, dont nous sommes complètement tombés sous le charme ! Situé au pied du village, le mas est partiellement creusé dans la roche et offre donc deux chambres troglodytes et insolites... et en plus les propriétaires et leur équipe sont aux petits soins !

Et puis comment ne pas résister à sa piscine bordée d'un magnifique jardin, ou son terrain de pétanque ombragé, le tout avec une vue imprenable sur le village des Baux-de-Provence. Sans compter le restaurant, là aussi dans une salle troglodyte ou sur l'agréable terrasse les beaux jours venus, qui propose une excellente cuisine aux senteurs de Provence et "faite maison" bien sûr !

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Assez tôt le lendemain matin, c'est donc à pied que nous rejoignons le village encore endormi et préservé de la foule... Qu'il est agréable de se balader presque seuls dans ces étroites ruelles chargées d'histoire, les terrasses des cafés accueillent leurs premiers clients et les jolies boutiques ouvrent doucement leurs portes, probablement le meilleur moment de la journée pour apercevoir le vrai visage des Baux !

Evidemment on vient aussi ici pour découvrir le château des Baux-de-Provence, qui surplombe l'ensemble du village et s'étend sur 5 hectares ! Grâce à une visite audio guidée on découvre ainsi le passé tumultueux des Seigneurs des Baux à travers les nombreux monuments de leur forteresse médiévale. Des démonstrations sont même organisées afin de faire revivre certains savoir-faire de cette époque.

Les photos ci-dessous datent de notre visite des Baux en 2016

Les remparts du château offrent également un panorama exceptionnel sur les toits du village et la vallée des Alpilles, qui s'étend à perte de vue juste sous nos pieds !

Les Carrières des Lumières sont un autre incontournable des Baux: dans l'antre d'anciennes carrières un spectacle de son et de lumière est projeté sur les immenses parois, une expérience fascinante qui chaque année rend hommage à un grand nom de l'histoire de l'art.

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Comme une porte d'entrée dans le Vaucluse, le pays des Sorgues accueille à bras ouvert les visiteurs à la recherche de simplicité et d'authenticité !

La vieille-ville d'Isle-sur-la-Sorgue est en fait une petite île entourée et traversée par plusieurs canaux, construite au 12e siècle sur pilotis au milieu des marécages. D'abord simple village de pêcheurs, la ville s'est ensuite spécialisée dans la papeterie, la soie et la toile grâce à ses nombreuses roues à aubes qui alimentaient ces industries florissantes. S'il reste encore quelques vestiges de ces grandes roues moussues, ce sont aujourd'hui les antiquaires qui en font avant tout la réputation !

L'Isle-sur-la-Sorgue est en effet devenu le troisième marché européen de la brocante après Paris et Londres, comptant désormais plus de 350 antiquaires à travers la ville, rien que ça ! Sur les quais ou derrière un portail en fer forgé, on découvre ainsi des allées entières remplies d'objets chinés et autres curiosités, un petit air "vintage" qu'on a adoré !

Nous pensions seulement nous arrêter déjeuner ici, mais nous passerons bien quelques heures à déambuler entre les canaux et à échanger avec les commerçants ici et là... On se laisse surprendre par ce véritable art de vivre que l'on connaissait finalement peu, redonner leur lettre de noblesse aux objets d'antan, comme un second souffle, comme si le temps n'avait pas d'emprise et que peu d'importance, un concept auquel on adhère définitivement :)

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Le parc naturel régional du Lubéron s'impose à nous avec grâce, notamment par la découverte du village de Gordes, un peu considéré comme la vedette de la région !

Lorsque l'on arrive par la route qui fait face au village, au détour d'un virage, Gordes dévoile déjà toute son élégance à la provençale ! Comme dans le prolongement de la roche sur laquelle elles reposent, les maisons aux couleurs pastel semblent se superposer jusqu'au sommet où trône le château et l'église du village. Accrochée à 340 mètres d'altitude, la cité domine ainsi la vallée du Calavon...

Le Petit Palais d'Aglaé : je dois avouer que c'est la belle piscine de l'hôtel et sa vue imprenable sur les alentours qui m'a fait craquer... L'hôtel est intimiste mais chaleureux, on se sent privilégiés de se prélasser dans un tel cadre, un havre de paix au coeur de la Provence !

« Il ne fait pas bon travailler quand la cigale chante »

[proverbe provençal]

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En fin de journée nous en profitons pour découvrir le village sous les derniers rayons de soleil, on monte et on descend au gré des ruelles sinueuses qui s'ouvrent ici et là sur des panoramas majestueux ! Elles semblent finalement toutes menées à cette place dominée par l'imposant château de Gordes...

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Aux alentours de Gordes certains sites méritent également le détour, comme le village des Bories, accessible par une charmante petite route. Offrant un témoignage inestimable d'un mode de vie d'antan, il fut habité jusque dans les années 1800 avant de tomber dans l'oubli, jusqu'à sa redécouverte dans les années 1960 et une dizaine d'années de restauration, il est désormais préservé et protégé !

Le village rassemble une trentaine de ces "cabanes" en pierre sèche et construites sans mortier, chaque groupe de bâtiments ayant une fonction bien précise (habitations, fournils, étables...etc.). Lors de notre visite il n'y avait personne d'autres que nous sur le site, de quoi prendre tout notre temps pour découvrir et apprécier cet héritage agricole incroyable ! Ce hameau n'est d'ailleurs pas sans nous rappeler celui d'Alberobello dans la région des Pouilles en Italie, avec ses "trullis" bâtis de la même manière.

Ce mode d'habitat semi-temporaire est en effet typique des pays méditerranéens et lié à leurs travaux agricoles saisonniers. Autour de Gordes c'est notamment à partir du 17e siècle que des tonnes de pierres sont extraites du sol pour la fabrication des champs, et qui seront alors utilisées pour la construction de ces villages destinés aux paysans les plus pauvres..

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Un peu plus loin on peut également emprunter cette route étroite et escarpée qui surplombe l'imposante abbaye Notre-Dame-de-Sénanque ! Fondée au 12e siècle dans ce lieu isolé pour répondre au voeu de silence, elle est toujours un lieu de vie monastique sacré, avec sa communauté de moines cisterciens.

Des visites guidées sont également organisées pour en découvrir davantage, malheureusement ce jour-là elles étaient complètes... L'abbaye est aussi connue pour être entourée de champs de lavande dont la couleur tranche avec son austérité, mais lors de notre passage début juin il était encore trop tôt pour ce spectacle... Nous partons donc un peu déçus de ne pas en voir plus cette fois-ci, mais ce n'est que partie remise !

Le temps d'apprécier une dernière fois cette vue à couper le souffle sur le village de Gordes, nous continuons notre route à travers la campagne provençale et ses paysages colorés...

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Traverser le Lubéron c'est se heurter à une explosion de couleurs, du bleu lavande au rouge coquelicot dans les champs, sans oublier les dégradés d'ocre dans les villages !

Nous atteignons d'abord le village de Roussillon, le "mont rouge" qui scintille déjà de mille feux sous sa lumière dorée... Situé au coeur du plus important gisement d'ocre du monde, ici tout rappelle que le précieux pigment a fait vivre les habitants jusqu'au milieu du 20e siècle. On admire alors le résultat d'un savoir-faire millénaire, à travers les ruelles et nombreux escaliers ou sur les façades des maisons imbriquées, l'ensemble harmonieux joue en effet avec la riche palette des ocres, simplement magnifique !

La légende raconte qu'au 12e siècle, Dame Sermonde et son affreux mari le Seigneur Raymond d'Avignon vivaient au château de Roussillon, lorsque celle-ci tomba amoureuse d'un apprenti chevalier. Apprenant cet adultère Raymond d'Avignon tua l'amant et lui arracha le coeur, pour ensuite le servir à manger à sa femme. Après l'avoir découvert, Dame Sermonde se jeta du haut de la falaise, colorant ainsi à jamais les terres de son sang....

Depuis le village, le sentier des Ocres offre une étonnante balade aménagée et balisée à travers cette ancienne carrière d'ocre, où des panneaux informent également sur l'histoire et la faune du site. Un paysage à la fois façonné par l'érosion et par l'homme fascinant, relevé par un dégradé de couleurs saisissant !

Pour comprendre sa formation géologique, il faut savoir que la Provence était pendant plusieurs millions d'années recouverte par la mer, plusieurs couches de sédiments se sont alors successivement formées dans ces fonds marins - calcaires blancs, argiles grises et sables verts. Il y a environ 100 millions d'années, la région a finalement émergé des eaux et les pluies diluviennes ont transformé les sables verts en sables blancs, puis la concentration d'hydroxyde de fer a formé les sables ocreux. Cependant, l'aboutissement à une telle profusion de teintes - rouge, jaune, orangée - garde encore une partie de son secret !

La route nous emmène ensuite à travers son terroir, entre les vergers, vignobles et oliveraies, ponctués de prairies de coquelicots en pleine floraison, ou de champs de lavande qui font doucement leur apparition, un cadre tout simplement somptueux !

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Nous arrivons ensuite aux mines de Bruoux à Gargas, où l'on découvre ces imposantes falaises qui abritent un gigantesque labyrinthe de galeries souterraines, de plus de 40km de long et de 15m de haut ! Vestiges des années de gloire de l'industrie ocrière, des visites guidées permettent de pénétrer dans ce monde à la fois obscure et coloré, et d'apprendre quelques anecdotes sur le site...

Si l'utilisation de l'ocre remonte aux hommes préhistoriques, ce n'est qu'à la fin du 18e siècle que Jean-Etienne Astier, originaire de Roussillon, découvre le moyen d'en extraire le pigment pur. L'exploitation industrielle de l'ocre débute alors en 1848 dans les mines de Bruoux, dont les galeries sont façonnées à coups de pioche, une épopée qui durera pendant plus d'un siècle !

Nous apprécions avec émerveillement ces paysages qui font la fierté de la Provence, comme ces étendues de lavande qui se font de plus en plus nombreuses et dévoilent enfin toute leur intensité ! Pour ramener un peu de cet or bleu provençal à la maison on ne peut évidemment pas se servir directement dans les champs, mais les boutiques déclinent la lavande sous toutes ses formes: bouquets, parfums, savons, huiles essentielles et autres :)

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Direction maintenant ce que l'on surnomme le Colorado provençal à Rustrel, un site privé qui s'étend sur plus de 30 hectares et rassemble là encore d'anciennes carrières d'ocre. Plusieurs sentiers permettent de découvrir ces reliefs sculptés par l'eau, le vent et la main de l'homme, formant toutes sortes de cheminées et rochers aux formes extravagantes... Plus que jamais les couleurs flamboyantes de la terre contrastent avec les tons de vert de la végétation alentour, on ne s'en lasse pas !

Après l'extraction du sable ocreux des carrières, il est lavé et passé dans des bassins de décantation, l'ocre pur ainsi obtenu est ensuite séché et broyé, et parfois même cuit pour sauvegarder toutes ses propriétés colorantes. S'il est aujourd'hui concurrencé par les colorants synthétiques, l'utilisation de ce pigment naturel reste inégalable dans la fabrication de peintures, dans l'industrie du bâtiment ou encore dans la cosmétique !

Au bord de la route un panneau indiquant "vente directe - moulin du colorado provençal " nous interpelle... Le propriétaire nous accueille chaleureusement dans sa jolie boutique, improvisant une dégustation d'excellentes huiles d'olives de sa production et du vin de son domaine ! Sa sincérité et son accent chantant nous charme immédiatement, une belle rencontre et l'achat de produits locaux pour terminer cette splendide journée, tout ce qu'on aime :)

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Dominant le plateau des Claparèdes, le village de Saignon nous offre une dernière étape pleine de charme et de sincérité, notre petit coup de coeur !

Situé sur un éperon rocheux à près de 500m d'altitude, Saignon semble se détacher du reste de la vallée ! Cette position lui valu d'ailleurs d'être utilisé comme observatoire dès l'Antiquité, d'où l'origine de son nom probablement dérivé de signum en latin, qui signifie "signal". Son emplacement excentré au sein du Lubéron fait également de Saignon une destination moins touristique et c'est d'autant plus appréciable...

Le Parfum des Collines : une maison d'hôtes qui allie luxe, calme et volupté à l'abri des regards... Une propriété qui mélange subtilement un style traditionnel et un confort moderne, comme dans notre "suite ambrée" où le mariage de matériaux naturels et de touches contemporaines nous enchante ! Sans mentionner l'élégante piscine et le spa...

Les propriétaires nous accueillent avec leurs chiens et nous font découvrir leur sublime domaine, dont le mas principal remonte au 16e siècle. On sent tout de suite qu'ils ont mis tout leur coeur dans cette propriété, un sens du détail qui se remarque à chaque recoin et un résultat harmonieux qui se fond naturellement dans le paysage ! Bref une demeure de caractère qui nous laisse un doux souvenir...

Ici tous les sens sont mis à contribution... Au bord de la piscine nous admirons la vue tout en écoutant le chant des cigales, accompagné d'une légère brise qui nous laisse apprécier toutes les senteurs provençales des champs alentours... Le lendemain matin c'est un copieux petit-déjeuner élaboré à partir de produits frais qui nous attend - yahourt fait maison, fraises du jardin et oeufs du poulailler - pour le plus grand plaisir de nos papilles... Avant de s'installer confortablement dans le salon-bibliothèque et prendre simplement le temps de feuilleter un livre... On souhaiterait que tout cela ne soit qu'un éternel recommencement...

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Il est temps de découvrir le discret village de Saignon en toute sérénité, seulement en compagnie de quelques habitants et commerçants qui nous saluent chaleureusement.. Au détour de ses ruelles pavées, on tombe notamment sous le charme de cette place bordée de vieilles maisons et de verdure, où trône une fontaine ornée des statues de l'agriculture et de l'abondance, somptueux !

L'église romane Notre-Dame-de-Pité, édifiée à partir du 11e siècle, conserve une relique de la Vraie Croix, c'est-à-dire un fragment de la croix sur laquelle Jesus-Christ aurait été crucifié. Dès le Moyen-Age, Saignon est donc devenu un lieu de pèlerinage important pour tous ceux qui empruntaient la Via Domitia vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

La principale curiosité de Saignon reste son étonnant rocher, haut d'une trentaine de mètres, qui semble monter la garde sur le village et ses alentours ! Creusé d'escaliers, de puits et de salles, il servit même d'appui à trois châteaux médiévaux, fait assez rare, dont il ne reste aujourd'hui que quelques vestiges. On accède ainsi à travers les remparts et escaliers en ruine à son promontoire...

Le "rocher de belle-vue", qui pourrait contredire ce surnom une fois à son sommet... Le regard se perd entre la vue imprenable sur les toits de Saignon, et surtout ce panorama qui embrasse toute la vallée, jusqu'à distinguer le Mont Ventoux au loin (à droite) ! Une table d'orientation nous permet même de situer nos précédentes destinations :)

Le comptoir de Balthazar : nous terminons notre dernière soirée sur la toute petite terrasse couverte de verdure de ce restaurant atypique ! Pendant que Madame est aux fourneaux, Monsieur nous sert des plats simples mais que du frais, du local, du bon quoi - tellement bon qu'on a pu finir les casseroles, comme à la maison et une fois de plus on adore :)

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Une merveilleuse façon de terminer notre voyage riche en découvertes et en partages. Car si les paysages de la région nous ont sans aucun doute envoûté, ce sont surtout des rencontres avec les habitants et commerçants qui ont marqué notre chemin, nous transportant au coeur de la vie provençale !

C'est en effet toujours avec le sourire et bienveillance que nous avons été accueillis: on dit parfois que les "sudistes" sont plus conviviaux et moins stressés qu'ailleurs en France... Ayant vécu moi-même dans cette région je ne peux qu'être d'accord, l'existence est souvent plus douce sous le soleil méditerranéen, pour le plus grand plaisir des visiteurs également :)